Solitude et dépendance

Publié le par Constance

On a beau essayer de le nier pendant nos années les plus rebelles, l’être humain est, et reste, un animal grégaire. Nous avons besoin des autres, même si les autres n’ont visiblement pas toujours besoin de nous. Chacun a un ou plusieurs « autres », formant des sphères de compatibilité et d’indispensabilité variables.

 

Bon, de toute façon, quand nous étions jeunes et rebelles, nos étions le plus souvent rebelles en groupe. Rebelle tout seul, ça n’a pas vraiment d’intérêt. Car on a toujours besoin de l’approbation d’autrui, de la présence d’autrui pour se fixer des limites et par la suite les transgresser à loisir. Un peu comme si l’être se définissait par la présence de l’autre.

 

Nous avons essayé, pourtant, de nous convaincre que nous nous en sortions très bien tout seuls. Mais sitôt que l’on est loin des autres, on se trouve d’autres « autres » pour compenser l’absence. La solitude sied hélas fort mal à l’être humain. Si en plus de ça, les sentiments s’en mêlent, et qu’en plus des autres habituels, il y a l’Autre avec un grand A (probablement comme amour, mais parfois pour certains comme amitié, un sentiment qui peut se révéler, nous le savons bien, tout aussi exclusif et fusionnel que l’amour), l’isolement peut tendre à devenir intolérable.

 

Il y a un peu d’égoïsme, dans cette intolérance à la solitude : mis à part le fait qu’on est simplement triste d’être loin des autres, on se sent également blessé par l’idée que les autres continuent leur vie loin de nous. L’exercice de confiance, à savoir être certain (ou convaincu) des sentiments des autres à notre égard peut certes être un soulagement, mais est toujours extrêmement difficile. La solitude étant en effet un facteur multiplicateur de l’imagination « réaliste », celle qui envisage des possibilités plausibles, il est dur de s’empêcher de soupçonner les autres, ou l’Autre, de ne pas penser à nous.

 

Heureusement, il y a Internet.

 

La solitude est donc peu compatible avec la nature humaine. Néanmoins, trop de présence autour de soi peut également tendre à l’intolérable. Il s’agit davantage d’une question subjective, mais en ce qui concerne la vie de groupe et la solitude, on se retrouve face à la même maxime que pour le sucre, le sel, le sport et la télévision : il faut user de tout et n’abuser de rien.

 

Ainsi, nous supportons mal l’excès d’isolement, mais souvent l’individu à besoin de faire le point sur lui même, sans influence extérieure, sans jugement extérieur, sans l’incessant bruit de fonds de la vie sociale. Un peu de solitude quand même, pardi. Nous vous êtes-vous jamais dit, après avoir passé plusieurs jours avec les mêmes personnes, près de 24 heures sur 24, que vous ne pouviez plus supporter tel ou tel aspect de Mademoiselle X ou de Monsieur Y? En réalité, nous les supportons tant qu’ils n’empiètent pas sur les aspects propres de nos personnalités, et ça, passé quelques jours ça n’est plus possible, nous avons un « seuil de tolérance », même si il varie en fonction de notre personnalité et des personnes que nous côtoyons.

 

C’est valable lors de relations conventionnelles, tout du moins. Lorsque le sentiment envers l’Autre est de type amour ou amitié fusionnelle, notre perception se brouille, et nous avons tendance à accepter tous les aspects de l’Autre, quitte à nous laisser effacer. Le besoin de l’Autre est davantage proche d’une dépendance. Néanmoins, même dans ce cas précis, on ne peut s’empêcher de remarquer parfois des incompréhensions ou des habitudes qui nous dérangent. C’est là qu’intervient le superbe concept de « compromis », qui revient à s’effacer chacun un peu, à arrondir les angles afin de permettre l’adéquation des êtres. Qu’on se rassure, ce qui peut nous énerver chez l’autre, parce qu’il est différent de nous, est également ce qui énerve l’autre, parce que l’on est différent de lui.

 

Fort heureusement, la sagesse populaire n’est pas toujours d’une bêtise sans nom : il est vrai que nous sommes tous différents, agissant certes selon certains schémas, mais surtout en exploitant au maximum toutes les nuances possibles entre les schémas. Ce qui fait que nous restons parfois imprévisibles, et que nous avons tant à apporter les uns aux autres.

 

Toujours est-il qu’il faut savoir doser, mettre des barrières pour se protéger des autres quand ils se font envahissants, à l’occasion, mais aussi réclamer leur présence, leur attention et leur compréhension. Et être compréhensifs, car nous avons besoin de l’autre… alors mieux vaut qu’il ne fasse pas la gueule !

Publicité

Publié dans Ah bon

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article